Certes, lorsqu’il apparaît en Afrique il y a 300 000 ans, Sapiens doit attendre encore quelques dizaines de milliers d’années d’évolution pour que son cerveau connaisse un développement qui le rapproche du nôtre.
Cela intervient aux environs de l’an – 35 000.
Sa boîte crânienne s’est agrandie et arrondie.
Le lobe pariétal, impliqué dans l’orientation et la conscience de soi, gonfle.
Le cervelet aussi.
Voilà un indice important : c’est dans cette région, située à la base de notre cerveau, que se nichent les processus affectifs comme la peur et le plaisir.
Pour le préhistorien Jean Courtin, l’apparition des sépultures, une caractéristique proprement humaine, peut être interprétée comme un signe d’attachement envers l’autre allant de pair avec le sentiment amoureux.
En République tchèque, à Dolni Vestonice, des chercheurs ont découvert, sur un site de chasseurs de mammouths datant de 25 000 ans, une jeune femme, entourée par deux hommes dont l’un a la main placée sur son bassin.
On sait que cette période est le règne des chasseurs-cueilleurs.
Nous ne savons pas encore, s’ils ont fait le lien entre rapport sexuel et fécondité, constate l’universitaire, par ailleurs, médecin.
Néanmoins, nous savons que nous sécrétions à l’époque de l’ocytocine.
C’est-à-dire l’hormone de l’amour et de l’attachement.
Chimie, cerveau, pratiques funéraires : ces gens-là semblaient avoir toutes les cartes en main pour s’aimer à la folie.
« L’étude biochimique de la dentition a mis en évidence que l’homme et les enfants ont grandi au même endroit.
La femme venait d’une autre région.
Il est très probable qu’elle a été enlevée de sa communauté ou qu’elle l’a quittée volontairement pour en rejoindre une autre et fonder une famille nucléaire »,
relève le préhistorien Gilles Delluc.
A défaut de pouvoir affirmer que le couple s’aimait, les scientifiques constatent qu’ils sont enterrés ensemble.
Les peintures représentant des scènes de rapport sexuel ne sont pas nombreuses.
Sapiens peint surtout les animaux, et aussi des vulves proéminentes, qu’il sculpte également, comme sur la célèbre Vénus de Willdendorf réalisée il y a 25 000 ans.
« Jamais cette partie du corps n’a été autant représentée qu’à cette époque.
Elles sont des célébrations de la maternité, indique Gilles Delluc.
Ce n’est pas tout.
Elles expriment aussi une fascination pour le plaisir sexuel. »
Sur un site archéologique allemand, on a même retrouvé un phallus sculpté vieux de 28 000 ans.
Sa forme suggère un possible sextoy de la préhistoire.
C’est déjà un bon début.