C'est l'ancêtre des instruments de musique électronique: le thérémine, appareil rare et étrange qui émet des sons sans qu'on le touche, compte quelques dizaines de passionnés en Europe.
Les amateurs, venus de Liverpool, Copenhague ou Hambourg, agitent leurs mains en l'air au-dessus de leur appareil, comme s'ils voulaient pincer les cordes d'un violon invisible.
Inventé en 1919 par un physicien et musicien amateur russe, l'appareil fonctionne suivant le principe des interférences radio: le joueur module le son en bougeant ses mains à proximité de deux antennes.
"Ce qui est compliqué, c'est que vous devez jouer dans l'air.
Vous n'avez aucun repère pour savoir où mettre vos doigts afin d'obtenir telle ou telle note", observe le professeur de 50 ans, un informaticien de profession devenu l'un des rares "luthiers" en Europe capables de réparer et d'ajuster les thérémines.
"Il a bricolé mon instrument pour élargir sa tessiture: désormais je peux jouer sept octaves, au lieu de quatre", se félicite une stagiaire.
Peu d'oeuvres ont été écrites spécifiquement pour le thérémine, qui a longtemps été utilisé pour les bandes-son au cinéma, notamment dans des films de science-fiction à l'atmosphère angoissante.
"j'ai réussi à jouer la gamme, mais c'était difficile", témoigne Coline Pierré, une clarinettiste de 27 ans venue prendre à Colmar sa première leçon de thérémine.
Confidentiel, le thérémine n'en a pas moins ses virtuoses: l'Allemande Carolina Eyck, considérée comme une des meilleures théréministes au monde, est en tout cas l'une des seuls à vivre de sa passion, via des concerts et l'enseignement.
"Surtout, on peut faire passer beaucoup d'émotions, car chaque petit mouvement donne un son: le moindre tremblement s'entend", analyse l'artiste, qui vient d'enregistrer un CD.
"Ici, on est tous timbrés, mais il faut l'être pour jouer de ce truc!", conclut-il en riant.