Nyambé est tout-puissant et par là même ne demande rien aux hommes dont il s'est éloigné à la suite de ruptures d'interdits. Cette distance quasi générale du créateur, après avoir fait croire à des observateurs plus ou moins bien intentionnés à l'inexistence d'une représentation d'un principe originel chez les peuples d'Afrique noire, a entraîné des appréciations un peu hâtives quant à la nature réelle des relations des hommes avec le créateur. Sans doute est-ce que, au-delà même de leurs intentions déclarées, les voyageurs, les missionnaires et les ethnologues tentaient de retrouver une notion comparable à celle des religions révélées où la conduite des hommes est régie par une morale distinguant le bien et le mal et dont Dieu est le fondement. En outre, une analyse sérieuse des divinités secondaires permet maintenant, mais dans la faible mesure des informations disponibles, de distinguer entre un polythéisme réel impliquant une hiérarchie complexe des forces de la nature et les religions où ces forces n'ont qu'une autonomie relative et sont l'expression même du Dieu universel en un lieu, en un temps et pour une occasion déterminés. Quelles que soient ces forces, elles sont intermédiaires et correspondent à une constante des relations africaines, la présence d'un médiateur nécessaire à la transmission de tout discours. Ainsi, chez les Yoruba, Olorun est un être lointain et les divinités secondaires, les orisha, entraînent de la part de leurs sectateurs une dévotion complète et qui ne paraît renvoyer à rien d'autre.