La Géorgie a été secouée cette semaine par des manifestations massives contre un projet de loi sur les ONG et les médias calquée sur une loi russe.
Les manifestants brandissant les drapeaux géorgiens, européens et parfois même ukrainiens ont obtenu gain de cause avec le retrait complet du texte et la libération des manifestants arrêtés les jours précédents.
L'issue du bras de fer est une victoire pour les pro-Européens et un revers pour le Kremlin dans cette ex-République soviétique où l'influence russe reste forte.
La Géorgie est un petit Etat de 3,7 millions d'habitants, grand comme la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Bordé par la mer Noire à l'Ouest et par l'Arménie et l'Azebaïdjan à l'Est, le pays est surtout coincé entre deux puissances, la Turquie au Sud, et la Russie au Nord, qui y exerce son influence depuis trois siècles et demi.
Depuis le tout début du XIXe, jusqu'à l'éclatement du bloc soviétique, la Géorgie a fait partie intégrante de l'empire russe, puis de l'URSS - hormis une courte parenthèse d'indépendance après la Révolution bolchevique.
Un enfant du pays deviendra même un illustre dirigeant soviétique : Staline, né Joseph Djougachvili à Gori, dans l'Est de la Géorgie.
La Russie l'a envahi en 2008 avec un scénario identique à la guerre en Ukraine.
Pour « protéger » la minorité séparatiste russophone de deux régions limitrophes des agissements d'un pouvoir pro-occidental qui aspire à intégrer l'Otan, le Kremlin envoie ses troupes occuper des territoires dont il est ensuite le seul à reconnaître officiellement l'indépendance.
Non, il ne s'agit pas de la guerre en Ukraine en 2022, mais du conflit qui a secoué la Géorgie en 2008.
Le pays est alors présidé par Mikhaïl Saakachvili qui fait face à des forces séparatistes dans les régions d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.
La suite est bien différente du scénario ukrainien.
Les troupes russes, très nettement supérieures en nombre, sortent victorieuses de quelques jours de guerre.
A l'issue d'un cessez-le-feu, dans lequel s'est impliquée l'Union européenne (UE) sous la présidence française de Nicolas Sarkozy, Tbilissi perd le contrôle des deux régions, soit un cinquième de son territoire.
Le gouvernement prétend défendre un rapprochement avec l'Europe et l'OTan mais il est concrètement aligné sur Moscou depuis l'été dernier et n'a pas vraiment condamné l'invasion de l'Ukraine.
La Géorgie aspire de longue date à s'intégrer à l'espace euro-atlantique.
En juin 2022, dans la foulée de l'invasion russe de l'Ukraine, Bruxelles accorde le statut de candidat à l'adhésion à Kiev ainsi qu'à la Moldavie voisine.
Mais pas à la Géorgie.
Les Européens leur demandent davantage de réformes pour se rapprocher des standards imposés par Bruxelles en matière de démocratie et de liberté de la presse.
Son économie n'est pas non plus jugée suffisamment performante pour encaisser le choc que constituerait l'entrée dans le marché unique européen.
Le niveau de vie des Géorgiens progresse peu.
Le salaire moyen avoisinait en 2019 (avant la crise sanitaire) les 400 euros par mois.
Le PIB par habitant s'approchait, lui, des 4.200 euros, soit sept fois moins que la moyenne des Vingt-Sept.
Dans son avis rendu en juin, la Commission européenne reconnaît la bonne stabilité macroéconomique du pays et un climat favorable aux affaires.
Mais le niveau d'instruction de la population et la formation de la main-d'oeuvre sont jugés insuffisants, de même que les investissements dans les infrastructures, notamment de transports et d'énergie renouvelable, et son accès aux chaînes de valeur mondiale.