Ce que vous devez savoir sur la couleur du deuil en Chine
Points clés à retenir :
- En Chine, la couleur du deuil est le blanc, pas le noir – une distinction fondamentale avec les traditions occidentales
- Le système traditionnel des cinq degrés de deuil (wufú) imposait un port de vêtements de durée différente selon le degré de parenté, parfois jusqu’à 27 mois
- À Hong Kong, les obsèques coûtent en moyenne entre 30 000 et 80 000 dollars HKD, avec une préférence pour la crémation due à la rareté de l’espace
- Le port de rouge lors d’une cérémonie funéraire est strictement interdit, car il symbolise la joie et la célébration
La première fois que j’ai assisté à des funérailles chinoises, j’ai failli commettre un impair énorme. J’avais enfilé une robe rouge, persuadée d’apporter une touche festive. Heureusement, une amie m’a rattrapée à temps. Ce jour-là, j’ai compris que la couleur du deuil en Chine n’a absolument rien à voir avec le noir occidental. Et que l’ignorance, en matière de codes culturels funéraires, peut blesser profondément.
La réponse directe : en Chine, la couleur du deuil est le blanc. Pas le noir, pas le violet. Le blanc. Et derrière ce choix se cache tout un système de croyances, de rites et de symboliques qui mérite vraiment qu’on s’y attarde.
Pourquoi le blanc est-il la couleur du deuil en Chine ?

Le blanc incarne le vide, la pureté et le passage vers l’au-delà dans la pensée chinoise traditionnelle. C’est une couleur liminale : elle marque le seuil entre le monde des vivants et celui des morts. La symbolique des couleurs en Chine repose sur un système philosophique ancien, influencé par le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme.
Dans la numérologie des couleurs chinoises, chaque teinte correspond à un élément, une direction, une saison. Le blanc est associé à l’Ouest, à l’automne, au métal. L’Ouest, c’est précisément la direction du coucher de soleil – autrement dit, de la fin.
Le blanc couleur du deuil en Asie est une constante que l’on retrouve au Japon, en Corée et au Vietnam. Cette convergence n’est pas un hasard : elle reflète des influences confucianistes et bouddhistes partagées à travers toute l’Asie de l’Est.
Le deuil confucianiste impose des règles précises. L’endeuillé doit porter des habits simples, sans ornement, pour marquer son humilité face à la perte. La sobriété du blanc traduit ce renoncement temporaire aux plaisirs du monde.
Quels habits portait-on lors des cérémonies funéraires chinoises traditionnelles ?
Les codes vestimentaires funéraires chinois sont parmi les plus codifiés qui existent. Sous les dynasties Han, Tang ou Song, les habits funéraires traditionnels des proches du défunt suivaient une hiérarchie stricte basée sur le degré de parenté.
Le système des cinq degrés de deuil
Le rituel funéraire de la Chine ancienne organisait le deuil en cinq catégories, appelées « wufú » (五服). Chaque degré correspondait à un type de tissu et une durée de port différents :
- Zhǎncuī : toile de chanvre brute, non ourlée – pour les fils et filles du défunt, durée de trois ans
- Qīcuī : toile de chanvre ourlée – pour les petits-enfants et brus
- Dàgōng : tissu de qualité légèrement supérieure – pour les cousins proches
- Xiǎogōng : tissu encore plus fin – pour les parents éloignés
- Sīmá : soie grossière – pour les relations familiales distantes
Plus le tissu était grossier, plus le deuil était intense. Cette graduation matérielle dit tout sur la place accordée à la hiérarchie familiale dans le deuil confucianiste.
Les vêtements de deuil sous les dynasties chinoises
Les vêtements de deuil des dynasties chinoises interdisaient strictement les couleurs vives, la soie de qualité et tout accessoire décoratif. Les hommes portaient une ceinture de paille tressée. Les femmes épinglaient leurs cheveux sans ornement. Rien ne devait signaler la beauté ou le plaisir.
Selon les archives de la bibliothèque nationale de Pékin (国家图书馆), certains fils aînés portaient le deuil blanc pendant vingt-sept mois complets après le décès de leur père – soit l’équivalent symbolique de trois ans de gestation inversée.

Comment se déroule une cérémonie mortuaire chinoise aujourd’hui ?
Le système des cinq degrés est aujourd’hui largement abandonné, mais les traditions funéraires chinoises restent présentes, surtout dans les zones rurales et à Hong Kong.
Les rites taoïstes et bouddhistes
Les rites mortuaires taoïstes incluent des prières sur plusieurs jours, des offrandes brûlées (argent factice, papier-maison, vêtements en papier) et des cérémonies nocturnes. Les moines taoïstes récitent des textes pour guider l’âme. L’objectif : faciliter le passage et éviter que l’esprit reste coincé entre deux mondes.
Les croyances bouddhistes sur la mort ajoutent la notion de karma et de renaissance. Brûler des offrandes sert à doter le défunt de ressources pour son prochain cycle d’existence. La cérémonie peut durer de un à sept jours selon les familles.
Les coutumes des obsèques à Hong Kong
Les coutumes des obsèques à Hong Kong mêlent traditions ancestrales et contraintes urbaines modernes. L’espace y est si rare que la crémation domine largement. Pourtant, les familles maintiennent les repas funéraires, les veillées et le port de brassards blancs ou noirs – une influence occidentale acceptée progressivement.
Les funérailles à Hong Kong coûtent en moyenne entre 30 000 et 80 000 dollars de Hong Kong selon le cabinet de conseil Gibson & Associates, qui documente les pratiques funéraires régionales depuis plusieurs décennies.

Quels sont les tabous culturels chinois liés aux couleurs en période de deuil ?
Les tabous culturels chinois autour du deuil ne concernent pas que les vêtements. Ils touchent à la décoration, aux cadeaux et même aux mots.
Porter du rouge lors d’une cérémonie mortuaire chinoise, c’est une insulte grave. Le rouge symbolise la joie, la chance, la célébration. L’apporter dans un contexte funéraire revient à nier la douleur des proches. Évite absolument le rouge, l’orange et le rose vif dans ces circonstances !
💡 La signification de la couleur blanche en Asie est souvent mal comprise par les Occidentaux. Offrir des fleurs blanches en Chine – hors contexte funéraire – peut être perçu comme un très mauvais présage. Renseigne-toi toujours avant d’offrir des chrysanthèmes blancs à un ami chinois !
Le feng shui face au deuil
Le feng shui face au deuil impose aussi des règles précises dans l’aménagement de l’espace. Les miroirs dans la maison du défunt sont souvent couverts de tissu blanc. Les miroirs, dans la tradition feng shui, reflètent l’énergie – et on ne veut pas que l’âme du défunt s’y retrouve piégée.
Les horloges sont parfois arrêtées à l’heure du décès. L’autel funéraire doit être orienté selon des règles précises, souvent validées par un maître feng shui consulté spécifiquement pour l’occasion.
La signification des autres couleurs dans les funérailles chinoises
| Couleur | Symbolique dans la tradition chinoise | Usage funéraire |
|---|---|---|
| Blanc | Pureté, passage, mort | Couleur principale du deuil ✅ |
| Noir | Eau, danger, influence occidentale récente | Accepté aujourd’hui dans les villes |
| Bleu / gris | Neutralité, tristesse sobre | Toléré pour les non-famille |
| Rouge | Joie, chance, célébration | Strictement interdit ❌ |
| Jaune/Or | Pouvoir impérial, richesse | Réservé aux offrandes brûlées |
Ce tableau montre bien que les codes évoluent. Le noir, longtemps absent des funérailles chinoises traditionnelles, s’y est installé par influence occidentale, surtout dans les métropoles comme Shanghai ou Pékin. Ce glissement m’intéresse et m’agace un peu à la fois : on perd quelque chose d’unique dans cette uniformisation des codes de deuil.
Pourquoi comprendre la couleur du deuil en Chine change tout ?
Comprendre ces codes, c’est respecter une culture qui a pensé la mort de façon infiniment plus élaborée que ce qu’on fait généralement en Occident.
Trop souvent, j’entends des gens réduire les traditions funéraires chinoises à des « superstitions ». C’est paresseux et franchement irrespectueux ! Ces pratiques portent des siècles de philosophie, de soin pour les vivants autant que pour les morts.
Connais les codes avant d’assister à une cérémonie mortuaire chinoise. Porte du blanc ou du noir sobre si tu n’es pas sûre. Évite le rouge, le rose et les fleurs blanches offertes hors contexte funéraire. Si tu veux aller plus loin, l’ouvrage de référence Death Ritual in Late Imperial and Modern China de James L. Watson et Evelyn S. Rawski (University of California Press) documente en détail l’évolution de ces pratiques sur plusieurs siècles – une lecture qui change vraiment le regard. La couleur du deuil en Chine est blanche, oui – mais ce blanc contient des siècles d’histoire. Respecte-les.